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Nikos Kazantzakis


"Je tiens cette terre de Crète et je la serre avec une douceur, une tendresse, une reconnaissance inexprimables, comme si je serrais dans mes bras, pour en prendre congé, la poitrine d'une femme aimée."

...................................................................................................................... Nikos Kazantzakis

"Je n'espère rien, je n'ai peur de rien, je suis libre"

Biographie

Grâce à sa force de travail prodigieuse, Nikos Kazantzakis put accomplir, pendant les cinquante ans de sa vie littéraire, une œuvre immense: poèmes, tragédies, récits de voyages, essais philosophiques, romans, traductions. «D'abord Crétois et ensuite Grec», ce représentant du nihilisme européen, disciple de Nietzsche, n'a cessé de confronter une problématique individuelle et d'ordre métaphysique aux multiples visages d'une mythologie asiatique d'un paganisme primitif, presque barbare.
Voyageur infatigable, il ne se détache pas pour autant de la Crète, centre spirituel de son univers. Ses cinq volumineux romans lui ont assuré, après la Seconde Guerre mondiale, une audience internationale. Mode passagère due aux possibilités inépuisables d'un folklore exporté? Réponse vitale, par le replâtrage ou la vulgarisation d'une philosophie passée, aux problèmes concrets de l'après-guerre? On ne sait. Au moins pour l'instant, Kazantzakis s'impose par les dimensions de son œuvre - et de son angoisse.

Un nihiliste
«Où allons-nous? Est-ce que nous vaincrons? Pourquoi toute cette lutte? Ne pose pas de questions) Bats-toi» Ainsi à peu près, parlait Zarathoustra ; on reconnaît facilement la voix du nihiliste nietzschéen. Mais cette voix, allant de pair avec un nationalisme intransigeant, était la dominante dans la Grèce de la première décennie du XXe siècle. Kazantzakis ne faisait qu'écouter son cœur, son milieu et son temps.
Il  était né à  Héraklion,  en  Crète  ;  son  enfance fut marquée  par les  insurrections Crétoises (1889, 1897-1899) qui obligèrent sa famille à se réfugier au Pirée ou à Naxos. Un demi-siècle plus tard, il évoque les luttes de son île dans La liberté ou la mort dont son père Michalis, petit commerçant et propriétaire, est le redoutable héros. Étudiant en droit à Athènes, Kazantzakis débuta dans les lettres avec une œuvre dramatique. Deux ans plus tard, en 1908, il  suit les cours d'Henri  Bergson  au  collège de  France,  terminant sa thèse sur Nietzsche (1909). C'était un choix décisif. Dans le «prologue» à Alexis Zorbas, il nomme ceux qui demeurèrent ses maîtres jusqu'à sa vieillesse: Homère, Nietzsche, Bergson et Zorbas. Il est vrai que d'autres divinités vinrent s'ajouter à son panthéon: le Christ et Bouddha, les grands personnages historiques et littéraires, même Lénine et Trotski. Kazantzakis n'adorait que la grandeur, les vastes horizons de l'histoire, les sommets des montagnes, les individus à pas de géant. «Je n'aime pas l'homme, j'aime la flamme qui le brûle!» D'où ses crises messianiques, ses ambitions frôlant parfois la mégalomanie. Le 16 octobre 1915, il écrit dans son Journal. «Je lis une biographie de Tolstoï. Son élévation m'émeut toujours : la littérature ne lui suffit pas. Besoin de religion. Je dois partir d'où Tolstoï aboutit
Certes, créer une religion n'implique pas forcément la mort des dieux, surtout quand il s'agit pour l'homme de conserver «la flamme qui le brûle». Dans l'Ascèse, Berlin, (1922-1923), ouvrage philosophique, la démarche de Kazantzakis paraît au moins différente: le sous-titre «Salvatores Dei» (devenu dans la traduction allemande «Reftet Gott» = sauvez le Dieu) est significatif. C'est l'appel d'un visionnaire gravissant les marches (christianisme, bouddhisme, communisme) de son calvaire. Au bout, le silence. L'auteur présente son ouvrage comme fruit de discussions avec des marxistes. En réalité, on a du mal à distinguer, sous le délire d'un langage zarathoustrien, les traces de la pensée dialectique.
Doit-on voir par la suite chez Kazantzakis la création littéraire comme la conséquence d'un échec? En 1914, toujours à propos de Tolstoï, il notait: «Sa fuite tragique = aveu de défaite. Il voulait créer une religion, il ne put créer que des romans et de l'art». Cet «art» méprisé, dernier refuge du désespoir, n'en reste pas moins le véhicule d'un message. Kazantzakis s'y est attelé courageusement. Son Odyssée, (1938), une épopée commencée en 1924, a de quoi étonner: 33 333 vers de 17 syllabes, sept rédactions successives, un travail de plusieurs années. Quant au théâtre, la tragédie (ou, tout au moins, ce que Kazantzakis appelle tragédie) projette la problématique de l'auteur sur quelques grandes Figures historiques: le Christ, Bouddha, Julien l'Apostat, Constantin XI Paléologue, Christophe Colomb... La productivité de Kazantzakis ignore les limites, sa volonté créatrice surmonte les obstacles: il traduit en quarante-cinq jours La Divine Comédie de Dante (1932), en douze jours la première partie du Faust de Goethe (1936)! Les cinq grands romans de sa vieillesse ne lui coûtèrent qu'un travail de quelques mois. Constructeur d'une œuvre en blocs de pierre, il  ne connaît pas  «les  affres du  style»,  pas  plus  que  la  littérature faite de  mots.  Disciple de Psichari, il s'en tient à l'orthodoxie de la langue populaire, à la forme du roman folklorique, au gigantisme individualiste du début du siècle. Jusqu'à la fin de ses jours, il reste fidèle à Nietzsche. «Je n'espère rien. Je n'ai peur de rien. Je suis libre».

Les voyages et les rêves
«Dans ma vie, mes plus grands bienfaiteurs ont été les voyages et les rêves». Infatigable, Kazantzakis se déplace continuellement dans l'espace et dans le temps. Ses En voyageant (1937, 1957, 1958), série de volumes contenant des récits de voyages en Espagne, en Russie, au Japon, en Chine, etc. ne sont pas la partie moindre de son œuvre.
Plus que  divertissement, curiosité ou fuite romantique, le voyage pour Kazantzakis est l'objet d'une quête intérieure, on dirait même une sorte d'exorcisme des démons: le voyageur a toujours des questions angoissées à poser aux lieux qu'il visite. Suivi de ses phantasmes, il ne voit l'Espagne, par exemple, qu'à travers Don Quichotte ou Greco, son compatriote à qui, à la fin du voyage, il adressera sa «Lettre» autobiographique. L'univers kazantzakien est hanté par un Ulysse errant, symbole aussi bien d'une aventure personnelle que d'un sort national.
Assez tôt, Kazantzakis avait tenté de conquérir le public international par le roman {Toda-Raba , 1929). Mais ses efforts ne devaient aboutir qu'à la fin d'une vie qui s'achèvera en Allemagne près de Fribourg-en-Brisgau. Quittant la Grèce tumultueuse de l'après-guerre (où il essaya un moment, en 1945-1946, de jouer un rôle politique comme ministre) pour se fixer en 1948, à Antibes, il s'adonna à l'œuvre romanesque de sa dernière période. Alexis Zorbas (1946) avait déjà fait fortune en grec et en français. Quatre autres romans feront preuve de l'attachement de l'auteur à la Crète, La Liberté ou la mort (1953), ainsi que de son expérience mystique, Le Christ recrucifié (1955), La Dernière Tentation du Crist (1955), Le Pauvre (1956). Bête noire pour l'Église orthodoxe grecque, ascète chrétien pour beaucoup de ses biographes, Kazantzakis ne cesse d'être un auteur moraliste et un homme déchiré, obsédé par «la lutte incessante et impitoyable entre la chair et l'esprit». Derrière son œuvre colossale, on distingue facilement un cri d'angoisse dans le désert.
                                                                                                                                                                            

Films basés sur son oeuvre

La dernière Tentation du  Christ (1988) de Martin Scorcese
Film d'après le livre de Nikos Kazantzakis, La dernière Tentation du Christ écrit en 1955.

Alexis Zorbas (1964) de Mihalis Kakoyiannis
Film d'après le livre de Nikos Kazantzakis, Alexis Zorbas écrit en 1946.

Celui qui doit mourir  (1957) de Jules Dassin, avec, notamment, Melina Merkouri

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